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La revue Possibles sera en vente sur le stand des Éditions Écosociété,
les 24 et 25 août au Forum social québécois.
Voir : Forum Social Québécois, 23-26 août 07 (UQÀM – parc Émilie Gamelin)
http://www.er.uqam.ca/nobel/social//2007/
VOLUME 31, NUMÉRO 1 et 2, HIVER-PRINTEMPS 2007
Actuellement en kiosque
Les jeunes d'aujourd'hui sont-ils engagés ? Plus qu'on ne le pense, en tout cas différemment de leurs aînés, de même pour la manière dont ils travaillent, s'organisent, consomment (que ce soit des biens, de la nourriture ou des médias)...
Comme leurs aînés, ils/elles disent oui à la réussite professionnelle... à condition que cela ne les contraignent pas à reporter jusqu'à la retraite l'amour, la famille, la réalisation de soi, les voyages, la paix intérieure. La question , dans ce numéro, n'est donc pas de savoir si les jeunes travaillent suffisamment le jour et dont assez de bébés le soir, mais bien de saisir les possibles que ces jeunes construisent. La complexité des réponses qui émerge dans ces pages bouscule les idées reçues.
Ceux et celles qui sont jeunes aujourd'hui inventent un Québec nouveau... et notre revue cherche ici à en cerner quelques contours.
EDITORIAL
Les jeunes réinventent le Québec
Amine TehamiESSAIS ET ANALYSES
Les jeunes (et leurs ainés) face au vingt-et-unième siècle
André ThibaultL'engagement des jeunes en mutation: le cas de l'École d'été de l'INM
Miriam FahmyQuébec 2076: une vision de la relève
Rock Beaudet et Diep TruongLa consommation responsable chez les jeunes: un acte d'engagement
Anne Quéniart et Julie JacquesPolitisation du quotidien et récupération alimentaire à l'ère de la bouffe minute
Marco SilvestroNouvelle contestation globale et communications à l'ère numérique: coutours d'un paradigme chaotique
Patrick CadorettePorterait de la "génération numérique" et photographie en négatif de la nouvelle économie
Caroline Dawson, Jacques Hamel et Maxime Marcoux-MoisanConjuguer au présent jeunes et féminismes: interrogations, formes et expressions
Marcelle DubéLa révolution est possible. Portrait des groupes libertaires autogérés au Québec
Geneviève Lambert-Pilotte, Marie-Hélène Drapeau et Anna KruzynskiLes jeunes à l'ère de la mobilité
Patrice LeBlancPOÉSIE ET FICTION
Impuissance
Nathalie Prud'HommeMa terre et autres poèmes
Yves Patrick AugustinL'effondrement
Jacques FournierPoème et Post-Modernité
Pierre CharlandMartha Stewart
Karine GlorieuxDOCUMENT
Art et aliénation
Gilles CôtéAu nom de ses finalités, poursuivre, et réussir la réforme engagée
Collectif Réussir la réformeRetour ou persistance du religieux
Diane Pacom
ÉDITORIAL
Les jeunes réinventent le Québec
Quand j’avais 20 ans, la majorité des Québécois n’avaient pas 20 ans. Nous pouvions dire : « Vous êtes une bande de vieux cons et on va vous remplacer. » C’était un discours naturel. Les chefs qui dirigeaient la société avaient tous l’Europe comme référence et avaient fait leur cours classique. […] Aujourd’hui, vous avez trois chefs de parti qui sont de la génération des cégeps, des Nord-Américains d’abord et avant tout, qui n’ont pas fait leurs humanités et manquent de perspective. Je ne comprends pas tout à fait comment ils pensent et j’ai de la difficulté à saisir où ils vont.
Quand j’avais la vingtaine, Lise Payette a produit un documentaire intitulé Disparaître. Sur le site de l’ONF, on peut lire cette notice : « D’ici à vingt-cinq ans tout au plus, prédisent certains démographes, la nation canadienne-française sera moribonde. PUIS, ELLE DISPARAÎTRA […]. »
Tic-tic-tic…
Dix-sept ans plus tard, dans une entrevue accordée à Michel Vastel en septembre 2006, Jacques Godbout « évoque la possibilité qu’un numéro de L’actualité, en 2076, annonce [la] disparition » du Québec.
Re-tic-tic-tic…
Les réactions polarisées n’ont pas manqué de suivre : à droite on louange son franc-parler et sa lucidité, à gauche on déplore son passéisme — « la tribu canadienne-française est en mauvaise posture : elle n’a plus d’enfants ! » sans parler des soupirs de nostalgie pour les collèges classiques et leurs humanités, la Révolution tranquille ou encore 1976 qui passe pour l’année du nirvana au Québec.
Lorsqu’il était jeune, Godbout rêvait d’une « société laïque où les gens seraient reconnus pour leur métier, leur travail, leur réussite ». À la revue Possibles, nous constatons que le rêve de Godbout s’est réalisé…mais qu’il ne suffit plus. Ceux et celles qui sont jeunes aujourd’hui disent oui à la réussite professionnelle… à condition que cela ne les contraigne pas à reporter jusqu’à la retraite l’amour, la famille, la réalisation de soi, les voyages, la paix intérieure. (C’est ce qui fait dire à André Thibault, plus loin dans ce numéro : « de quel droit se permettent-ils d’être jeunes quand notre jeunesse à nous a disparu avant qu’on ait eu le temps d’en profiter ? C’est bien tentant de leur en vouloir… ! »)
La question pour nous n’est donc pas de savoir si les jeunes travaillent suffisamment le jour et font assez de bébés le soir. Notre objectif, tout comme Godbout incidemment, est de comprendre « comment ils pensent » et « où ils vont ».
Commençons par cerner ce « ils ». Comme la majorité de nos collaborateurs pour ce numéro, Miriam Fahmy questionne l’étiquette même de jeune : « C’est un groupe difficile à cerner, écrit-elle, car ses contours sont mouvants. Le poids démographique relatif des jeunes étant petit, ils sont d’autant plus difficiles à traquer. Et “les jeunes” ne forment pas un bloc uniforme ; il est impossible de les caractériser dans leur totalité. »
C’est sur cette complexité, sur cette hétérogénéité — à l’image même de la société qui incommode Godbout — que viennent buter nos idées reçues. À ce propos, André Thibault en examine trois. La première veut que leurs aînés aient été « majoritairement politisés et engagés au service de grandes causes sociales » ; la seconde : « nous écrivions un français nettement meilleur que les jeunes d’aujourd’hui » ; la troisième : « nous avons créé nos emplois ». Notre confrère du comité de rédaction analyse ces mythes puis, sur la question du déclin culturel présumé, nous laisse sur cette réflexion :
Comment comprendre et apprécier l’histoire, l’art, la littérature ou la philosophie si on ignore la vie ? Des apprentissages qui se limiteraient à des redites sur le vécu enferment l’apprenant dans son cocon, mais ingurgiter de grands textes qui n’ont chez soi aucune résonance ne vaut pas mieux. Les œuvres culturelles ne fournissent qu’un vernis d’érudition qui peut se teinter de snobisme si la réceptivité est artificielle.
Fahmy, pour sa part, fonde son analyse sur l’observation des centaines de jeunes qui passent par l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde. Elle se dit souvent étonnée par les choix qu’ils y font : s’ils ne rêvent pas à des utopies, s’ils ne s’inscrivent plus dans une grande idéologie structurante — socialiste, communiste, nationaliste, utopiste ou autre —, solution unique à tous les maux sociaux, inspiration et moteur des luttes politiques traditionnelles, à quoi adhèrent-ils ?
Rock Beaudet et Diep Truong font le même exercice que Fahmy mais au moyen d’entrevues en profondeur auprès d’un plus petit échantillon de jeunes. Ils nous proposent une rencontre avec une quinzaine d’entre eux qui gardent, en forte majorité, une confiance indéniable envers le potentiel du Québec de demain et des générations qui le peupleront, le dirigeront et en feront toujours une nation francophone, mangeant tofu, tartare, poulet général Tao et poutine et où, assurément, il fera bon vivre.
Tout comme Godbout, ils ne nient « pas le déclin démographique appréhendé de la nation québécoise. […] Les enfants de demain seront fort probablement d’origines différentes de ceux de la communauté actuelle dite « de souche ». Et c’est tant mieux, ajoutent-ils. La question qui anime leur enquête est toute simple : Les jeunes du Québec du troisième millénaire sont-ils encore engagés ?
Le second bloc de notre numéro comporte une série d’enquêtes et de témoignages sur des pratiques plus spécifiques :
• la consommation responsable : alors qu’on a tendance à voir en les jeunes des accros des gadgets, voire « des surconsommateurs gâtés », Anne Quéniart et Julie Jacques estiment qu’il ne s’agit pas pour les jeunes « de consommer passivement des produits mais bien de choisir d’adopter une attitude, un style de vie où les achats quotidiens sont précédés d’une réflexion critique sur leurs conséquences sur les plans social, économique, environnemental, local et international, et ce, dans le but de faire changer les choses. Plus encore, leurs motivations semblent être moins celles de « consommateurs » que celles de citoyens, et plutôt que de témoigner de « nouvelles » façons de consommer, leurs pratiques semblent mettre en lumière une aspiration grandissante à « vivre autrement » ;
• la consommation de nourriture jetée : dans son témoignage, Marco Silvestro abonde dans le sens de Beaudet et Truong : « les collectifs de récupération de nourriture ne sont pas que l’expression d’un mode de vie non politisé. » Selon lui, « se nourrir des poubelles de la société de consommation n’est certes pas un projet de société. Cependant, il permet de se soustraire aux logiques capitalistes qui colonisent le monde vécu et qui transforment toutes relations sociales en transaction monétaire et chaque personne en marchandise. Sortir du carcan, se défaire des idées et des modes de vie de la société honnie est un préalable à la possibilité de penser une société solidaire, écologiste et libertaire » ;
• le recours au médias nouveaux : Patrick Cadorette interroge « les nouvelles formes de contestation (qui par définition sont de façon prédominante, mais non exclusive, animées par des jeunes) et les rapports qu’entretiennent ces mouvements sociaux avec les nouveaux développements technologiques ». Il examine en outre « l’impact réel qu’ont aujourd’hui ces bouleversements dans nos sociétés, et quels impacts à moyen et long terme nous devons envisager » ;
• les emplois liés à ces médias : Caroline Dawson, Jacques Hamel et Maxime Marcoux-Moisan examinent deux questions cruciales : « Les études et les diplômes liés aux domaines de la société du savoir et de la nouvelle économie sont-ils des facteurs d’insertion dans le marché du travail ? » et deuxièmement : « Les emplois liés à ces domaines correspondent-ils aux qualités qu’expriment les notions de réseau et de projet ? » Leurs éléments de réponse sont étonnants ;
• le féminisme nouveau : selon Marcelle Dubé, « il semble évident que les femmes, tous horizons et générations confondus, partagent, qu’elles le veuillent ou pas, qu’elles le sachent ou pas, une même histoire. Mais le fait de partager cette même histoire ne semble pas les condamner à vivre un féminisme modèle, mais favorise plutôt l’émergence de multiples modèles de féminismes au sein des mouvements qu’elles constituent. Multiples modèles qui appellent de multiples formes de féminisme. » Ce sont ces formes multiples et nouvelles que son texte analyse ;
• les groupes libertaires : Geneviève Lambert-Pilotte, Marie-Hélène Drapeau et Anna Kruzynski ont repéré au Québec plus de 130 groupes libertaires nés dans la foulée du Sommet des Amériques. Ces groupes, mixtes et non mixtes, « incluent dans leurs principes de base la lutte contre le capitalisme, un refus de l’État et de la culture dominante, une diversité des tactiques et des formes organisationnelles dites autogérées. » Leur enquête est basée sur trois questionnements : les rapports de pouvoir au sein des groupes et entre les groupes ; la fluidité et la pérennité des groupes libertaires ; l’impact de ces groupes sur la transformation sociale ;
• la mobilité géographique des jeunes du Québec : Patrice LeBlanc examine la question afin d’en déterminer les significations diverses ; au total, il estime que « si la première migration se produit souvent au début de la transition vers la vie adulte et est liée à la poursuite des études, les migrations subséquentes viennent la clore et sont davantage motivées par la recherche d’une meilleure qualité de vie. »
Ce portrait, on le voit, est autrement plus riche, plus nuancé et rempli de possibilités que les clichés habituellement colportés au sujet des jeunes.
Quand j’étais moi-même jeune, le documentaire de Lise Payette a provoqué mon premier texte publié dans la page « Des idées/des évènements » du quotidien Le Devoir, texte que j’avais intitulé « Montréal ne disparaît pas mais se transforme ».
Dix-sept ans plus tard, l’entrevue de Jacques Godbout a en partie provoqué ce numéro, où nous disons, essentiellement, « le Québec ne disparaît pas mais se transforme ».
Et c’est tant mieux.
Amine Tehami
pour le comité de rédaction